L’origine de cet article est la lecture d’une interview d’un responsable d’une enseigne du retail (textile / mode) .
Dans cette interview, le responsable de la marque de magasins y expliquait que pour redémarrer leur activité web, ils avaient fait le choix (récent) de déléguer leur activité e-commerce et surtout de ne pas jouer la synérgie entre les canaux de vente.
Je n’ai pas compris ce choix et j’avais envie de partager ma réflexion avec vous.
Tout d’abord, j’avoue que je ne suis pas un grand partisan de la délégation e-commerce. Et cela pour 2 raisons, qui sont très liées :
1 – Parce que, de mon point de vue, on ne délégue que ce qu’on maîtrise parfaitement.
Peu d’enseignes peuvent prétendre aujourd’hui maîtriser ce métier.
Ce n’est en tout cas, pas le cas de celle-ci qui a dû, du propre aveu de ce responsable, mettre fin à une première expérience faute de résultat,
2 – Parce que déléguer signifie laisser le soin aux autres d’apprendre les bonnes pratiques d’un métier à sa place.
Il me semble que faire le choix, en 2010, de repousser l’apprentissage de l’e-commerce à plus tard (voire à jamais) est un pari très risqué. L’e-commerce représente pour ces marques des changements profonds et un apprentissage à tout les niveaux : culturel, organisationnel, technique. Je suis bien placé pour en témoigner
Dans le contexte d’une telle enseigne, je comprends l’impératif de disposer rapidement de son site de vente en ligne : aujourd’hui, le client ne comprend pas qu’une grande marque ne vende pas ses produits en ligne. C’est clair !
Pourtant, je ne comprends pas ce qu’elle envisage d’apprendre via la délégation.
Dans le meilleur des scénarios, la réussite commerciale sera effectivement au rendez-vous. Mais cette réussite sera alors très relative puisque complètement dépendante de ressources et de compétences externes à la structure. A moins de racheter son prestataire ? Scénario peu probable ….
De plus, dans ce contexte précis toujours, déléguer l’e-commerce c’est aussi faire l’impasse d’une vraie stratégie multicanale. Comment en effet motiver les canaux (points de vente / magasin en ligne) à jouer la synergie quand chacun a tout intérêt à engranger le maximum de chiffre d’affaire et en particulier le canal web car il se rémunère sur le CA généré (principe de la délégation e-commerce)?
L’enseigne choisit donc de laisser chaque canal vivre sa vie et considère l’e-commerce comme un simple point de vente supplémentaire dans son réseau. Bref, une stratégie à 180° de celle de ces concurrents.
De mon point de vue, complètement extérieur je le reconnais, j’ai l’impression que c’est une erreur stratégique.
Là-dessus, comme me l’a fait récemment remarqué Cédric, je n’ai pas toujours été cette avis. J’avoue que j’ai évolué et que je me suis rangé de son côté. Je pense désormais qu’il avait raison avant tout le monde quand il recommandait aux acteurs multicanaux dans une étude qu’il a menée, il y a plus de 2 ans, de considérer le canal web plus comme un service que comme un Nème point de vente supplémentaire. Je vous renvoie d’ailleurs volontiers sur cette étude passionnante.
Voilà, le débat est ouvert : je serai heureux d’échanger avec vous sur ces thématiques si elles vous intéressent.
Je partage completement cet avis.
De plus, bien souvent les marques au delà de vendre ont également un vrai besoin de valoriser leur image qui est leur force. Valoriser une image est un peu contraire à la délégation e-commerce qui va chercher de la performance sur ce canal. On rentre alors dans une cannibalisation du média web par le réseau plutot que dans une vraie vision cross canale.
Le client d’une marque ne doit pas être segmenté par son canal d’achat. Pour lui, quelque soit le canal qu’il utilise, il est en contact avec la marque et puis c’est tout.
En déléguant et en repoussant l’apprentissage, comment ses marques arriveront ils à reprendre la main sur une machine qui aura pris son rythme de croisière …
bref, mieux faut souffrir et apprendre à mon avis.
A +
greg
Tout à fait d’accord.
Après, je n’ai pas lu l’interview, mais normalement, tout bon dirigeant prévoit le coup d’après… Le multicanal en interne, c’est peut-être en phase 2 ?
Bonjour Jean-Pierre,
Je souhaite apporter un éclairage complémentaire à ton billet sur le e-commerce délégué vs les marques, étant moi-même à la tête d’un acteur de ce marché.
Je n’ai pas de vraie conviction sur l’intérêt du e-commerce délégué pour des distributeurs ou des enseignes de retail (même si certains gros américains comme Toy’s'r US sont en délégation), qui est le cas que tu présentes ici (tu fais sans aucun doute référence à l’interview dans le Journal du Net du patron de Celio).
Mais je souhaitais dire que pour les marques n’ayant pas (ou très peu) de points de vente directe aux consommateurs, le e-commerce est et restera toujours un monde inaccessible. Je pense aux marques de beauté, aux marques de mode ou de maroquinerie et plus généralement aux marques premium qui ne vendent quasiment jamais directement à ceux qui consomment leurs produits. Leur culture commerciale est une culture de type B2B, c’est-à-dire vendre à des agents (en charge de tel ou tel pays) ou à des réseaux de points de vente.
Les équipes internes e-commerce de ces marques ont toutes les peines du monde à prouver leur légitimité à un management qui ne perçoit pas leur métier, elles manquent souvent de compétences dans la chaîne de valeur du e-commerce (par manque de staff) et ne sont pas incentivées au développement du business. Le e-commerce délégué, lui, répond efficacement à ces problématiques.
Concernant le fait d’être rémunéré sur le chiffre d’affaires, c’est le meilleur moyen de garantir une forte implication du prestataire à développer le business. Cela ne veut pas pour autant dire que l’on fait n’importe quoi pour le développer, et certaines contraintes sont à respecter (par exemple le fait de vendre plus cher un parfum sur le site de la marque, que sur le site de Sephora), et ces contraintes n’empêchent pas de faire croître le chiffre, car une frange de la clientèle recherche le contact direct avec la marque et la qualité de la relation client qui doit en découler.
Les belles marques sont comme les autres entreprises (à part peut-être Vuitton et Hermès, qui sont hors normes), elles ont besoin de chiffre d’affaires. Et la boutique officielle de vente en ligne est un lieu adapté à la création d’un business additionnel, au demeurant beaucoup plus respectueux des valeurs de la marque que certains revendeurs. Un parfum connu est généralement vendu dans 15.000 points de vente dans le monde : combien de ces points de vente ne respectent pas la charte merchandising ?
Tout cela pour te dire, en conclusion, que « valoriser l’image » (cf commentaire de Greg) et « développer les ventes » ne s’opposent pas dans le choix du e-commerce délégué, si le prestataire bosse bien.
Cordialement,
Christophe
Bonjour Christophe,
merci beaucoup pour cet avis éclairé sur le e-commerce délégué.
Tu abordes dans ton commentaire le problème des marques (fabricants) qui ont une culture BtoB et qui, comme tout le monde, se pose la question d’ouvrir une boutique e-commerce.
Pour ma part, j’ai envie de croire que tu as tort quand tu dis que « ce monde leur restera inaccessible ».
Je dis ça mais je partage pourtant ton point de vue sur les insuffisances actuelles de leur culture commerciale.
Cependant, le monde de la distribution est en train de changer. Les fabricants, qui se reposaient jusqu’à présent sur un réseau de distribution stable et identifié, sont attaqués de toute part par une concurrence venue, entre autre, d’Internet. Je peux t’en parler , j’accompagne actuellement un client qui est dans cette situation !
Sans une évolution profonde, notamment culturelle, je ne vois pas beaucoup d’issue pour un grand nombre d’entre eux.
Jean-Pierre
Jean-Pierre,
Je te rejoins sur la nécessaire évolution culturelle de ces marques, ne serait-ce que pour renouveler leur débouchés commerciaux !
Mais sur le thème du e-commerce, étant donné que la vente directe en ligne d’une belle marque n’a pas vocation à représenter un pourcentage significatif du C.A. global (lancome.com représente 3% du C.A. de la marque aux US après 10 ans d’activité), et même si elle est pourvoyeuse d’un profit intéressant, il n’est pas sûr qu’elle intéresse autant que cela les futures élites au point de favoriser le développement d’une compétence interne.
Christophe
Bonjour à tous,
On est en famille
Bon, je voulais revenir sur la phrase qui dit qu’on ne délègue que ce qu’on maîtrise parfaitement.
En fait, je pense que tu soulève un point assez juste. Comment choisir un prestataire si on comprend pas ce qu’il fait ?
Et là, tu as plusieurs attitudes.
En fait, c’est faisable. Les gars avec « les pieds sur terre et la tête bien faite » prennent le temps d’écouter, de comprendre, de rencontrer les équipes… Après un tel travail, on se fait une assez bonne idée de la réelle compétence d’une équipe.
Mais dans la plupart des cas, ça ne se passe pas comme ça, et la délégation, qu’elle soit e-commerce ou … AMOA, se fait sans réel validation de la compétence. Et là, il n’y a plus qu’à compter sur la chance.
Sur un sujet que tu connais bien, tu connais beaucoup de boites qui choisissent la plateforme e-commerce avec un vrai travaille de sourcing, de qualité ?
Amic’
François
[...] accompagner … ou alors déléguer. Mais je l’ai déjà dit, je n’aime pas beaucoup la délégation e-commerce. Permalink|Comments RSS Feed – Post a comment|Trackback [...]
Bonjour à tous,
Je ne partage pas complètement votre point de vue sur la délégation e-commerce.
On pourrait comparer le e-commerce avec un nouveau marché que l’on souhaite tester, un peu comme un nouveau pays dont la culture et le business model sont très différent des pays où une marque est déjà présente.
Dans ce cas, on passe facilement par un agent pour limiter le risque et tester le potentiel.
Pourquoi ne pas démarrer en e-commerce par de la délégation ?
Je pense même que l’on peut déléguer une partie de son e-commerce quand l’équipe interne est réduite.
Neeetcommerce a ainsi réussi le démarrage du e-commerce de vêt’affaires (un bon magasin de chiffres d’affaires la 1ère année d’exploitation selon le témoignage de M Lesguer sur http://www.labourseetlavie.com/Videos/L-interview/video-Remy-Lesguer-President-du-Directoire-Vet-Affaires) qui a ensuite choisit de l’internaliser).
Nous gérons une partie du e-commerce de sites comme http://www.camaieu.fr, http://www.youkado.com, http://www.centralfinances.fr.
Au plaisir de vous lire
Olivier